Découvrir le flamenco — Entrevue avec Rosanne Dion

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Découvrir le flamenco — Entrevue avec Rosanne Dion
Crédit photo : Rosanne Dion - Hervé Leblay 
Rédactrice : Charleyne Bachraty

Le flamenco, c’est à vie ! Ce pourrait être le leitmotiv de Rosanne Dion. D’entrée de jeu, on peut sentir le profond respect que cette danseuse et professeure, voue à son art. Bien qu’elle puisse se vanter d’une expérience et de formations qui l’ont conduite en Espagne, en France, aux États-Unis et bien sûr au Québec et en Ontario, ce n’est pas le nombre d’années de performance qui compte pour elle, mais bien l’envie et le réel désir de danser. Et quand on constate à quel point elle porte les racines du style et son essence dans son cœur, on ne peut que vouloir la suivre dans ce voyage puissant, exigeant et riche.

 

Le flamenco : à la fois austère, spontané et festif !

Le flamenco – dans la tête de beaucoup de personnes - c’est une danse puissante, forte… et aussi sérieuse. Trop ? Pour Rosanne, cette perception s’explique par sa complexité, qui en fait l’une des danses les plus dures au monde. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle impressionne beaucoup le public. Le flamenco part de soi, ça bouillonne à l’intérieur et toute sa gestuelle permet d’extérioriser ce feu. Toute sa beauté réside dans l’expression de différentes émotions, dans le jeu des nuances. Alors oui, le flamenco n’est pas juste une danse « sérieuse », c’est tellement plus. Et pour mieux en saisir l’aura, il faut plonger dans une histoire riche, comme le style le laisse penser.

Pour cela, remontons aussi loin que l’an 900 et se rendre aussi loin que 1720 ! Durant cette (très) longue période, le peuple gitan migre de l’Inde pour une traversée de l’Asie et de l’Europe. Également connu sous le terme « Rom », il voit du pays – c’est peu dire ! – et dans son périple, il croise l’Andalousie. Située dans le sud de l’Espagne, cette communauté composée de huit provinces pense que cette arrivée migratoire a pour origine l’Égypte, « Aigyptos » qui donnera le mot « gypsy » (ou gipsy) puis finalement « gitan ». Cette terre, qui a vu passer de nombreux peuples, est déjà riche culturellement. Sous l’impulsion gitane, elle devient un bassin fertile pour laisser s’épanouir une nouvelle forme d’art. Le flamenco nait donc de l’improbable rencontre entre le peuple gitan et l’Andalousie. 

Autre caractéristique peu connue : le flamenco, c’est avant tout le chant flamenco, dont le berceau géographique se trouve dans le triangle formé par les villes de Séville, Jerez et Cadix. Les premiers chants entonnés servent à donner du courage au peuple gitan qui travaille dur dans les forges, les mines, les champs les vendanges. Peu à peu, il se fait entendre dans les familles et dans les fêtes privées. La danse et la musique font leur place, tranquillement pas vite, jusqu’à voir émerger au milieu du 19e siècle, les premiers cafés-concerts. Il faudra cependant attendre le 20e siècle pour voir du flamenco, tel qu’on se le représente aujourd’hui.

Impossible donc, d’être une danseuse ou un danseur de flamenco sans comprendre et aimer le chant : on danse sur lui, pour lui, on lui répond par des mouvements… Mais au fait… Il y a des danseurs de flamenco ? Une autre croyance se défait peut-être ici, car effectivement, aussi bien des danseuses ou « bailaora » que des danseurs « bailaor » (termes exclusivement réservés au flamenco) peuvent le danser.

Il y aurait encore beaucoup à explorer sur les origines du flamenco, mais disons que ce rapide survol historique nous donne plusieurs clés pour apprécier ses différentes facettes, de la plus austère, à la plus festive !

 

Vivre pour danser, danser pour vivre

Tout comme son histoire, le flamenco demande beaucoup de temps pour être maîtrisé. Et comme l’explique Rosanne, même les danseuses et danseurs de grande expérience, chercheront toujours à améliorer leur technique, à mieux définir leurs mouvements, leurs jeux de pieds. C’est bien simple : dans cette complexité, on ne peut jamais se reposer sur ses acquis !

Peut-être est-ce ce perfectionnisme, cette genèse atypique ou le charme de l’inconnu qui a séduit Rosanne. Toujours est-il qu’il y a plus de 30 ans, sur Prince-Arthur à Montréal, son existence a pris une tournure qu’elle n’a jamais regrettée. Cette journée-là, devant ce spectacle de flamenco donné dans la rue, elle décide ce qu’elle fera de sa vie : danser, coûte que coûte. Dire qu’elle a eu une révélation serait un euphémisme, elle qui a effectué de nombreux voyages en Espagne, surtout en Andalousie, pour se perfectionner, gagner en intensité et se forger sa propre expression corporelle. Elle a d’ailleurs pendant longtemps été considérée comme la spécialiste de la Bata De Cola (robe à traîne), et possède sa marque chorégraphique, un mouvement de bras provenant de la tauromachie.

 


On parle de style complexe, mais de quoi parle-t-on exactement ? On peut déjà évoquer ces rythmes qui ne ressemblent pas à ceux que l’on a l’habitude d’entendre. Au traditionnel 8 temps, le flamenco oppose des comptes en 12 temps, en 5 temps. Le chant de base possède également de nombreuses ramifications (drames, chants ancestraux…). Les danseuses et danseurs doivent savoir les reconnaitre, afin de les interpréter avec justesse. Mais il y a aussi des styles plus festifs qui se prêtent à l’improvisation, ce qui défait un autre mythe du flamenco que l’on pense souvent toujours très chorégraphié ou au contraire, très spontané. Et selon l’artiste qui se produit sur scène, chorégraphie et improvisation peuvent cohabiter en parfaite harmonie.

À l’instar de la danse africaine, le flamenco privilégie la musique (guitare et percussions) et le chant en direct. Les accessoires sont aussi monnaie courante, comme la Bata De Cola évoquée plus haut ou encore le Menton (châle en soie), l’éventail, le chapeau (Sombrero Cordobes), la canne.

Devant tant de découvertes effectuées en quelques minutes, on ne peut que constater le flou artistique qui entoure le flamenco. Que l’on soit novice ou que l’on évolue de manière professionnelle, Rosanne n’en démord pas : pour connaître cette danse, il faut en voir et en écouter, souvent ! Dans ses débuts, elle-même a beaucoup regardé les prestations de la Farruco Family ou encore de Eva La Yerbabuena. Aujourd’hui, elle s’applique à suivre tous les spectacles qu’elle peut. Il y a toujours quelque chose que l’on peut admirer chez les artistes. Ce qui la fait particulièrement vibrer ? L’intensité et la force, plus que le côté technique. Au-delà de la perfection d’exécution, elle recherche et œuvre à transmettre une pratique plus traditionnelle, qui se joue dans l’émotion dégagée, dans la gestuelle.

C’est avec cette passion dans le corps et le cœur que Rosanne continue de partager la flamme du flamenco, après plus de 24 ans de métier, et ce dans le respect du style et de tout ce qu’il représente.

 

 

Pour connaître les écoles de danse qui offrent ce style, rendez vous sur le répertoire.

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